Bonsecours À la rencontre d'un prêtre exorciste

Dernière mise à jour : 21/10/2013 à 15:38

Dans chaque diocèse, l’évêque nomme un prêtre exorciste. À la paroisse de Bonsecours, l’abbé Philippe Poirson occupe cette fonction au sein du diocèse de Rouen. Contrairement aux idées reçues, un exorciste n’est pas un marabout farfelu doté de pouvoirs magiques. Interview.

Depuis sa nomination au diocèse de Rouen, l'abbé Philippe Poirson a été amené une seule fois à pratiquer un exorcisme
Depuis sa nomination au diocèse de Rouen, l'abbé Philippe Poirson a été amené une seule fois à pratiquer un exorcisme

* Dans quelles situations peut-on être amené à faire appel à un prêtre exorciste ?

Un prêtre exorciste est au service des personnes qui peuvent se sentir possédées. Certaines ont l’impression qu’on leur a jeté un mauvais sort. Cela se traduit dans leur quotidien par des malheurs qui n’ont pas d’explication rationnelle. Les gens sont malheureux parce qu’ils se sentent manipulés, sous la pression d’une force et pensent avoir perdu leur liberté. On rencontre des personnes de tous les milieux sociaux, aussi bien des universitaires que des gens sans formation.

* Vous avez été nommé prêtre exorciste : est-ce parce que vous possédez un pouvoir “magique” ?

Non. Ce qui m’ennuie, c’est d’être souvent comparé à un magicien. Tout d’abord, le prêtre exorciste n’exerce pas seul. Il travaille avec une équipe de chrétiens formés à l’écoute, ayant une bonne connaissance de la théologie et de la Bible. Il y a également dans cette équipe une ou deux personnes possédant une formation de psychanalyste ou de psychiatrie. Avant d’envisager une éventuelle pratique de l’exorcisme, on se renseigne sur la personne, sur le mileu dans lequel elle vit, qui elle fréquente et si elle est suivie par un médecin.

* Vous évoquez les domaines de la psychanalyse et de la psychiatrie. Est-ce que cela signifie que dans certains cas, les personnes souffrent surtout d’un problème d’ordre médical ?

Oui, il ne faut pas le cacher, 95 % des personnes n’ont pas besoin du service de l’exorcisme. Nous recevons des personnes qui ont des problèmes psychiatriques. On apprend que certaines sont suivies médicalement ou ont fait des séjours à l’hôpital. Elles viennent vers nous en dernier recours et nous comparent à un magicien. Nous rencontrons parfois des gens endettés. Ils sont allés voir des charlatans, des gourous, des diseurs de bonne aventure qui affirment pouvoir résoudre tous leurs problèmes. D’autres ont également eu des liens avec des pratiques occultes comme la magie noire ou la magie blanche.

* Pour les personnes “saines” d’esprit et se sentant véritablement possédées par les forces du Mal, comment agissez-vous ?

Tout se vit dans la foi en Jésus-Christ. Jésus est plus fort que toutes les forces du Mal. Il faut lui tenir la main. Dans 5 % des cas de personnes victimes de souffrances qui ne s’expliquent pas rationnellement, on demande au Seigneur, par des prières, de les délivrer de ce Mal. Des psychiatres nous envoient même parfois certains de leurs patients. On ne prononce pas des formules magiques de marabout, mais des prières faisant appel à l’Amour de Dieu.

* Concrètement, pouvez-vous nous détailler les caractéristiques du rituel d’un exorcisme ?

C’est un rituel de l’Eglise que l’on ne peut pas divulguer, pour éviter que certaines personnes le reprennent. Je l’ai pratiqué une seule fois. En général, il dure entre dix et quinze minutes. Il n’a rien à voir avec la violence que l’on voit parfois au cinéma. Un nouveau rituel datant de 1999 prend en compte l’évolution de la médecine psychiatrique. Il n’y a pas d’exorciste meilleur que d’autres. On prononce une prière spécifique adressée à Satan. On invite la personne à réveiller sa foi dans Jésus Christ, à faire le signe de croix avec de l’eau bénite. Il arrive que certaines ne soient pas délivrées du Mal.

Bonsecours, 76

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